Il faut parler des retraites sérieusement. Pas seulement de l’âge de départ, pas seulement de la prochaine manifestation : de ceux qui paient, de ceux qui reçoivent et de ce que nous préparons pour nos enfants. Ma conviction est simple : nous ne pouvons pas demander indéfiniment aux actifs de porter seuls l’ajustement du système.
La répartition n’est pas un compte d’épargne personnel
Dans un système par répartition, les cotisations d’aujourd’hui financent les pensions d’aujourd’hui. L’argent prélevé sur votre travail n’est pas placé sur un compte individuel en attendant votre départ. Vous acquérez des droits, dont le financement reposera notamment sur les générations suivantes.
Cette solidarité peut fonctionner. Mais son équilibre dépend du nombre de personnes qui travaillent, des revenus sur lesquels on prélève et des pensions à verser. Quand le rapport entre cotisants et retraités se dégrade, il faut ajuster quelque chose. Refuser de choisir ne supprime pas la facture.
Toutes les situations ne se valent pas
Je ne veux pas opposer les jeunes aux personnes âgées. Une petite pension, un veuvage, l’absence de patrimoine : ces réalités demandent une protection. Mais pourquoi raisonner comme si un retraité propriétaire de son logement et un jeune locataire avec deux enfants disposaient des mêmes marges à revenu identique ?
Posséder un patrimoine après une vie de travail est une réussite. Je souhaite justement que les générations suivantes puissent y accéder, elles aussi. Or elles doivent financer leur logement, leur famille et les pensions, tout en préparant leur propre avenir.
C’est pour cela que je défends une moindre revalorisation des pensions les plus élevées. Une telle mesure réduit leur pouvoir d’achat lorsque les prix augmentent : il faut l’assumer clairement et protéger les personnes fragiles. L’effort demandé doit avoir une destination précise, pas servir à financer de nouvelles dépenses administratives.
Développer la capitalisation sans raconter de miracle
Je veux qu’une part plus importante de la retraite repose sur un patrimoine constitué pendant la vie active. C’est l’intérêt de la capitalisation : accumuler des actifs pour contribuer au financement de sa pension future.
Mais soyons sérieux. Un placement comporte des risques, et une performance passée ne garantit pas une pension future. Les frais, la diversification, la durée et les modalités de sortie comptent. Je ne promets pas un montant magique de retraite.
Surtout, la transition ne fait pas disparaître les engagements existants. Il faut continuer à payer les retraités tout en constituant une nouvelle épargne. Les travaux du Conseil d’orientation des retraites permettent d’aborder ces différents modes de financement et leurs difficultés.
Redonner des marges à ceux qui travaillent
On ne peut pas demander aux actifs de financer intégralement deux systèmes à la fois sans leur dégager de capacité supplémentaire. Réduire d’autres dépenses publiques, réexaminer les transferts et libérer du salaire doivent faire partie du projet.
La durée de travail doit également être discutée avec honnêteté, en tenant compte des carrières, de la pénibilité et de l’emploi des seniors. Aucun levier ne mérite d’être présenté comme une solution universelle.
Je préfère une transition progressive, expliquée et financée, à des promesses qui nous obligeront demain à subir des décisions beaucoup plus brutales. Protéger les retraités modestes et permettre aux actifs de devenir propriétaires de leur avenir : voilà l’équilibre que je veux défendre.






















