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Présidentielle : le RN peut-il perdre le débat sur les réseaux ?

Consultation d’un réseau social sur un téléphone — photographie d’illustration
Photo : Swello / Unsplash · Licence Unsplash. Cadrage adapté.

Le Rassemblement national peut donner l’impression d’être installé dans une dynamique irrésistible. Je pense pourtant qu’il possède des fragilités, notamment dans sa relation avec le débat en ligne et avec ceux qui attendent une véritable rupture économique. Ce n’est pas une prédiction certaine du résultat électoral. C’est une analyse des raisons pour lesquelles rien n’est joué.

Les réseaux sociaux ont changé les règles du débat

La parole politique ne passe plus uniquement par les réunions publiques, la presse ou les plateaux de télévision. Des citoyens, des vidéastes et des entrepreneurs commentent les programmes et confrontent les discours à leurs propres expériences.

Ils ne forment pas un bloc discipliné. On peut partager certaines positions d’un parti et contester son économie, ses alliances ou ses propositions sur les libertés. Une audience n’est pas un appareil militant à disposition.

Un parti qui bénéficie de cette discussion libre doit donc accepter qu’elle lui échappe. Chercher à être respectable auprès des institutions médiatiques ne garantit pas de conserver la confiance de ceux qui l’ont soutenu en dehors d’elles.

La liberté d’expression ne se défend pas seulement quand elle arrange

Je suis préoccupé par les propositions qui conduiraient à restreindre largement l’expression en ligne ou à imposer une identification systématique. La protection des mineurs et la lutte contre les infractions sont des sujets sérieux. Elles ne justifient pas automatiquement chaque dispositif présenté en leur nom.

Pour moi, un mouvement qui prétend porter une rupture devrait être particulièrement attentif aux moyens laissés aux citoyens pour contester le pouvoir. C’est une exigence qui vaut aussi lorsque ces citoyens critiquent ce mouvement lui-même.

Je développe cette question dans mon analyse consacrée à l’identité sur les réseaux sociaux : nous devons juger les mesures sur leur efficacité et leurs effets sur les libertés.

Un programme économique peut éloigner une partie des soutiens

L’autre fragilité du RN, à mes yeux, tient à son rapport à l’État. Beaucoup d’électeurs attendent moins de complexité, davantage de revenu du travail et une capacité retrouvée à décider de leur avenir.

Si la réponse consiste surtout à conserver le modèle de dépenses en modifiant ses bénéficiaires, je ne vois pas de changement suffisant. L’immigration ne peut pas tenir lieu d’explication unique à la fiscalité, à l’organisation des retraites ou aux obstacles à l’investissement.

Une partie de la droite veut discuter de ces mécanismes. Il serait risqué de considérer son soutien comme acquis.

Une élection reste un choix entre des projets

Les vues, les abonnés et les sondages ne sont pas des bulletins dans l’urne. Ils peuvent renseigner sur une dynamique, jamais remplacer l’élection. Je ne crois donc ni à l’invincibilité du RN, ni à l’idée qu’un bon débat en ligne suffirait à le battre.

Je soutiens David Lisnard parce que je préfère opposer au RN un projet de liberté et de responsabilité, plutôt que seulement une stratégie de barrage. Encore faut-il expliquer ce projet, le confronter aux objections et le rendre crédible. C’est sur ce terrain que je veux participer au débat.

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La lettre d’Antoine Gehant · Chaque semaine

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